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ventriloques

les ventriloques et leurs poupées de ventriloque

On a dit tellement de choses sur la ventriloquie ...
Le plus souvent on entend que le ventriloque parle en fait normalement, mais cache le mouvement de ses lèvres sous une barbe, ou sa moustache, ou encore qu'il se place de profil et sait n'ouvrir que la moitié de sa bouche que l'on ne voit pas. La poupée du ventriloque est censée participer aussi à l'illusion en utilisant un réflexe automatique de l'être humain: on regarde toujours celui qui parle. Donc en plaçant la marionnette au niveau de sa poitrine le soi-disant ventriloque oblige les regards des spectateurs à se porter vers la marionnette et donc à ne pas regarder ses lèvres. Toutes ces pratiques sont largement répandues, faisant des artistes qui procèdent ainsi des illusionnistes plus que des ventriloques. Cela explique aussi ces longues périodes de désaffection du public à l'égard de la pseudo-ventriloquie.
Même les enfants s'esclaffent :" il bouge les lèvres, je peux faire pareil !..."
C'est qu'ils ne sont plus crédules les bambins !

Jusqu'à ce que paraisse le vrai ventriloque.
Et là le silence respire aussitôt l'étonnement des petits comme des grands. A peine quelques chuchotements les premières minutes : "Regarde il a les lèvres fermées et elles ne bougent pas ! "
On estime à environ un millier, le nombre de vrais ventriloques dans le monde. Une fois par an ils tiennent leur grande réunion annuelle à Las Vegas. Normal d'avoir choisi le sol des USA pour cette fête puisque plus de la moitié des "ventriloquists" sont des Américains. Et que les Etats-Unis sont de très loin les premiers fabricants de marionnettes de ventriloques. Concernant la France nous sommes en dernier rang : les ventriloques doivent traverser le channel pour les acheter en Angleterre, où de très bons artisans fabriquent de belles poupées, ou bien à sauter l'Atlantique pour s'offrir le choix américain qui est d'une vastitude sans limite. Attention les prix arrivent facilement à 1000$ la poupée ... Reste pour les ventriloques français à leurs débuts, à construire eux-mêmes leur poupée. Avec du temps et beaucoup de travail, on y arrive ( voir tout en haut, au-dessus du texte, la création de votre serviteur à ses jeunes débuts impécunieux ).

Alors comment devient-on un vrai ventriloque ?
Facilement.
Une dizaine d'années de travail, quotidiennement plusieurs heures d'entraînement, le tour est joué.
Enfin pas complètement. Puisqu'il n'existe pas d'école, encore moins d'université ventriloquistes, et que les grands maîtres de la chose gardent jalousement leurs secrets. Il faut donc se débrouiller tout seul. Et c'est là que les choses se compliquent un peu.
J'étais enfant lorsque je vis à la télévision l'un des plus grands ventriloques de tous les temps avec sa célèbre marionnette Omer. Je fus conquis. Je me lançais donc aussitôt dans l'apprentissage. Une première année à essayer de garder les lèvres fermées, ces lèvres qui veulent toujours s'ouvrir, articuler, pour obtenir quelques sons inaudibles, quelques chuchotements proches du silence. Alors une deuxième année pour apprendre enfin à ces lèvres turbulentes à rester immobiles et fermées. Encore un an et elles obéissent, les lèvres. C'est enfin fini on émet les sons de l'intérieur. Oui mais juste des sons, très faibles, à peine audibles, sans articulation. A peine des bruits qui sortent de la gorge. Advient alors la phase suivante : il faut apprendre à articuler les mots de l'intérieur et les rendre assez forts et compréhensibles par autrui. Longtemps c'est une bouillie de sons qui sort de la gorge. Puis peu à peu quelques mots arrivent à devenir compréhensibles. On travaille alors beaucoup séparément voyelles et consonnes. Au bout de huit ans les autres vous comprennent un peu, un mot sur deux ou trois, sauf pour les quelques phrases que l'on répète tout le temps et qui commencent à bien passer. Mais on tourne en rond. Sachant qu'il manque quelque chose. Que l'on doit pouvoir arriver à parler presque aussi bien que normalement en tant que ventriloque. Deux choses se produisent alors quasi simultanément. La première tient en une question : pourquoi s'appeler ventriloque alors que les mots sortent de la gorge ? La deuxième c'est qu'on en vient à se demander pourquoi les mots que l'on produit bien font-ils bouger les muscles du ventre ? On y est c'est la découverte finale : on appelle ventriloque quelqu'un qui sait utiliser largement les muscles de son ventre pour articuler ses mots et phrases. Cette fois on y est. Deux années d'entraînement de plus et vous devez désormais faire attention dans les lieux publics quand vous parlez en "intérieur" car les gens autour de vous comprennent tout. Donc dernière habitude à prendre : plus de commentaires saugrenus, les autres entendent parfaitement ! Et c'est peut-être à cela qu'il est le plus difficile de s'habituer pour un ventriloque, si longtemps rôdé à s'entraîner impunément partout, puisque personne n'entendait ni ne comprenait sa petite affaire intérieure personnelle.
Voilà si vous avez eu la patience de lire jusqu'ici, vous en savez désormais autant sur la ventriloquie que les plus grands maîtres de ce parler au demeurant plutôt agréable à pratiquer, une fois qu'on le maîtrise.
Un dernier mot sur le choix des poupées. Surtout bien les choisir en fonction de sa main. Bien adaptée, c'est-à-dire que l'on ne doit aucunement forcer, sinon la main se tétanisera vite. Et la fatigue nuira à la nécessaire concentration du ventriloque.
Comme dirait l'une de mes marionnettes :" Ben zut alors ! C'en est des histoires tout ça !"